mardi 14 mars 2017

Kong: Skull Island, de Jordan Vogt-Roberts


La sortie évènement de la semaine est bien évidemment le retour sur grand écran de la créature la plus célèbre de l’histoire du cinéma américain : King Kong. Après l’incroyable remake signé Peter Jackson en 2005, la voici donc de nouveau dans les salles obscures, mais cette fois-ci face à la caméra de Jordan Vogt-Roberts, obscur metteur en scène n’ayant à son actif que la signature de quelques épisodes des séries Death Valley et You’re The Worst, et une comédie intitulée The Kings of Summer. Est-ce une mauvaise nouvelle ? Pas forcément, la seule surprise que nous procure Kong: Skull Island étant de toute évidence la découverte d’un cinéaste doué, mais échoué sur une production qui a surtout l’air de chercher où elle doit se situer par rapport aux autres blockbusters actuels.

Kong: Skull Island prend place lors des années 1970. Un groupe de l’armée américaine s’apprêtant à rentrer du Vietnam se retrouve à escorter un groupe scientifique se rendant sur une île jusqu’à maintenant inexplorée. Se joignent à eux un aventurier (Tom Hiddleston), et une photographe (Brie Larson). Mais ce qu’ils ignorent, c’est qu’en plus des tribus indigènes peuplant cette île, se trouvent des créatures jusqu’à maintenant jamais découvertes… Lors du visionnage du film, une question se pose assez rapidement : où se situe donc cette nouvelle histoire du gorille géant ? Alors non, contrairement aux apparences, il ne s’agit pas d’une suite. Il ne s’agit pas d’un reboot non plus. Il s’agit d’une œuvre hybride, jamais vraiment sûre de ce qu’elle doit être, ayant constamment la volonté de répondre aux attentes d’un spectateur moderne éduqué à la Marvellisation des blockbusters et préparant le terrain pour le crossover Godzilla VS Kong
Fini donc la relecture de La Belle et la Bête, place ici à une histoire des plus basiques, où chaque évènement scénaristique semble n’avoir que pour but d’amener une nouvelle confrontation entre les personnages et les créatures de l’île. À l’exception du personnage de John C. Reilly, chaque personnage a une caractérisation des plus simplistes, et l’on en vient même à se demander l’intérêt des deux personnages principaux tellement ceux-ci paraissent absents du récit. Il est finalement assez triste de se rendre compte que jusqu’au bout, le spectateur est obligé de se taper un récit sans enjeux, dont l’avancée se fait sans qu’il n’y ait le moindre attachement envers eux, et donc la moindre émotion. Il est d’autant plus hallucinant de voir que la seule péripétie amenant un début d’enjeux se termine lors d’une scène non seulement ridicule, mais surtout mettant fin à une partie du récit que les scénaristes ont quand même décidé de laisser courir pendant plus de 20 minutes ! Il n’y a ici aucune envie de créer un récit digne de ce nom, juste de nous donner l’illusion que le film a quelque chose à raconter.

Mais là ou Kong: Skull Island réussi à un peu surprendre, c’est dans sa mise en scène, d’une générosité qu’il serait très hypocrite de renier. On ressent constamment la volonté du cinéaste de faire un spectacle total, en faisant durer le plus longtemps possible les confrontations qu’il filme, mettant le plus possible en valeur ses effets spéciaux, et surtout en faisant ressentir le plus possible la bestialité de ses créatures. Chaque choix de cadre est en soit assez intelligent, très souvent efficace, et finalement plutôt agréable à regarder, distillant même par instant de vraies petites trouvailles visuelles comme ce plan où une libellule se confond dans notre champs de vision avec les hélicoptères des militaires. C’est pour cela qu’il est d’autant plus dommage de voir que le rythme du film n’est pas à la hauteur, la faute à ce scénario qui en vient à plomber vraiment toute forme de rythme que Jordan Vogt-Roberts essaie d’insuffler à son film…

Bref, Kong: Skull Island, c’est raté. Sans être une catastrophe, le film de Jordan Vogt-Roberts n’est que la nouvelle preuve que dans l’ensemble, le blockbuster n’a malheureusement plus que pour vocation de se reposer sur une imagerie, et plus d’essayer de nous raconter réellement une histoire. On pourra toujours se réconforter en se disant qu’il y a par moment quelques instants jouissifs, mais cela reste plus blasant qu’autre chose… 



Claude S.

Note du rédacteur: 2/5 (Faible)

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