lundi 9 janvier 2017

In a Valley of Violence, de Ti West

 S’il y a bien un type qui réjouit à chacune de ses sorties, c’est Ti West. Un faiseur d’images toujours un peu kitsch, s’inscrivant dans une pure tradition bis, qui séduit par une vision authentique et sincère de son cinéma, permettant systématiquement au spectateur le plus réfractaire de se raccrocher aux branches malgré les défauts inhérents à ses réalisations.

S’éloignant du fantastique depuis The Sacrament pour revenir à une thématique plus terre-à-terre, c’est dans le western qu’officiera le temps d’un métrage l’artisan de House of the Devil et The Innkeepers, avec ce In a Valley of Violence auquel se sont joints Ethan Hawke et John Travolta.

Le pitch est simple, il s’agit d’un vigilante dans lequel Paul (Ethan Hawke), déserteur en partance pour le Mexique, passe par une sombre bourgade dépeuplée par le chômage et l’éloignement de toute forme de vie. Accompagné de son clébard, compagnon de route fidèle et obéissant au doigt et à l’œil, il constate l’hostilité des rares locaux et casse de la cloison nasale. Dès lors, notre cowboy est rappelé à l’ordre par le marshal local (John Travolta) et se voit sommé de quitter la ville. Il va sans dire que les locaux lui réserveront une petite surprise quelques heures plus tard, qui ne pourra mener qu’à une vengeance inéluctable.

Le film nous propose une première séquence qui pourrait tout à fait avoir été imaginée par un Tarantino, dans toute son insolence et son ironie, exploitant merveilleusement le scope et le spectre du 35mm pour une proposition qui fleurerait presque l’hybridation entre Pulp Fiction et Les huit salopards. L’illusion est alors presque parfaite dans la première bobine, jusqu’aux deux constats suivants : le film manque cruellement d’argent pour nous raconter décemment ce qu’il a à narrer, et nombre de nos saltimbanques jouent faux. Erreurs de casting ou direction aux fraises, toujours est-il qu’il y a une palette assez gigantesque dans les intentions de jeu, de 0 à 100%. On peut avoir un jeu amorphe ou un jeu complètement hystérique, mais toujours être dans le ton. Au pire, quelques nuances suffisent à ajuster son jeu sur cette échelle. Mais quand on joue faux, on joue faux. Et là, c’est un peu la cata. 4 acteurs à côté de la plaque sur les 12 apparaissant à l’écran, ça fait quand même 1/3 de la clique. On se les cite ? Allez ! Vous pourrez jouer à « Qui est-ce ? » en zyeutant la chose : Taissa Farmiga, Karen Gillan, Tommy Nohilly et Larry Fessenden. Quant au cas Travolta, on sera tous d’accord pour dire que ça fait un moment que le monsieur a perdu de sa superbe, bien qu’un nom pareil facilite grandement le montage financier de n’importe quel film.

Pour en revenir au premier lourd fardeau de la bête (l’absence d’écus sonnants et trébuchants), disons que pour un film d’une telle ambition, ça se ressent rapidement. Un casting luxueux pour un projet de ce type et un emploi certainement très coûteux de la pellicule abattent la simple vraisemblance de l’environnement, bien trop fantomatique pour être crédible. On en vient à se poser des questions triviales et basiques à mesure que le film progresse, qui nous sortent de notre immersion comme si on finissait par découvrir l’entière artificialité du bazar, mais sans que quiconque ait voulu nous donner à la voir. Un peu comme un enfant trop curieux qui découvre son cadeau de Noël sous le lit de ses parents. Ici, tout est absolument vide. Que font donc ce barman, ce marshal, cet adjoint, ces trois rednecks qui servent de clébards à l’adjoint (effet miroir avec celui de Paul), ces deux aubergistes et ces 2 ou 3 habitants lunaires ? Comment vivent-ils ici ? Pourquoi sont-ils ici ? Comment gagnent-ils de l’argent ici ? Autant de questions sans réponse, qui rendent la conjoncture totalement aberrante, donc peu crédible. Les quelques rarissimes silhouettes et figurants qui errent parcimonieusement dans le champ n’aident vraiment pas le film à se relever de cet aspect plastique et contrefait, peut-être aurait-il mieux fallu n’y mettre personne. Le mieux est l’ennemi du bien, comme dit l’adage.

L’écriture assez pauvre du film ne sera pas non plus à mettre du côté des points positifs, le tout s’orientant vers un conventionnalisme un brin pachidermique : On sait sans trop se creuser les méninges de quoi sera constitué l’épilogue, et ça, ça ne plait pas à Bibi. Les enjeux sont maigres et justifient à peine cet épanchement de violence.

 Pourtant, Ti West travaille son film avec le cœur, s’acharnant à tailler des cadres sur mesure pour qu’Ethan Hawke y prenne toute son envergure, l’acteur livrant une copie très satisfaisante, écrasant de ce fait les quelques canards lui donnant la réplique. Une mise en scène efficace mais tronquée de-ci de-là par un montage pas tout à fait assuré, que nous propose West himself. De ce fait, la brutalité de certaines séquences est atténuée sans véritable raison, le montage restant le principal responsable de notre frustration d’alors. Là où Fred Raskin (monteur, justement, des Huit salopards) nous en met plein la tronche par son sens du rythme et de la situation sans fausse note.

Je n’ai pas choisi ici de faire un parallèle avec Tarantino. Le parallèle s’impose de lui-même. Ti West n’essaie pas de faire du Ti West. Ti West essaie de faire du Tarantino, et passe en ce sens totalement à côté de son film. Et c’est là que le bas blesse. Ne pas avoir les moyens de ses ambitions est une chose. Travestir son style pour essayer de faire comme le voisin en est une autre. Sans être un mauvais film, In a Valley of Violence reste totalement anecdotique. Un film qui comporte trop de « mais » pour sortir du lot :



- Le casting est sympa MAIS le tiers des acteurs est à l’ouest.

- La mise en scène et la photo sont intéressantes MAIS le montage s’avère trop molasson et robotique.
- Les décors font l’affaire MAIS ça sent le carton et la reconstitution, le vide intersidéral n’aidant pas.



On peut continuer à allonger la liste pendant pas mal de temps comme ça, donc épiloguons par ce constat aussi simple que vrai : Dommage pour Ti West que son film le plus ambitieux soit aussi le plus faible.





Ferdinand Bardamu

Note du rédacteur : 2/5 (Faible)

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